Plantes et paysages du sud-ouest de la Turquie

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En novembre 2004 nous sommes allés découvrir les plantes et paysages du sud-ouest de la Turquie. Notre sujet d'étude principal était les Phlomis et leurs hybrides naturels, mais nous avons pu voir au passage de très nombreuses autres plantes intéressantes, la flore de Turquie étant l'une des plus riches du pourtour méditerranéen (pas moins de 400 pages dans la flore de Turquie pour la seule famille des Lamiaceae !)

 

1- La côte lycienne

2- Le Taurus occidental

3- Des Phlomis à foison !

 

 

1- La côte lycienne

Battue par les tempêtes, la côte lycienne a une végétation caractéristique en draperies sculptées par le vent et le sel. Les plantes pionnières qui s'avancent vers les rochers dénudés sont les pistachiers lentisques, les myrtes, les oliviers sauvages et les caroubiers, qui tous se plaquent au sol pour limiter leur surface foliaire exposée aux embruns.

Plus efficace encore, le genêt épineux, Genista acanthoclados, n'a plus de feuilles du tout : juste une belle sphère d'épines, résistant parfaitement au conditions les plus difficiles.

En marchant dans cette végétation serrée, nos pieds froissent les feuillages et libèrent les arômes de la garrigue : Thymus capitatus, Origanum onites, odeur fine et fruitée du myrte, odeur âcre du pistachier, odeur fade et nauséabonde des caroubiers en fleurs.

En Turquie on trouve des dizaines de ruines grecques ou romaines, souvent encore enfouies dans la végétation et découvertes par hasard au détour d'une randonnée. Ici un Ptilostemon chamaepeuce s'est semé entre les blocs d'un mur antique. 

Partout dans les ruines les Osyris alba et Capparis spinosa retombent des murs en cascade. Pour résister aux moutons et aux chèvres, le câprier s'est couvert d'épines crochues, mais ses feuilles sont le festin des chenilles.

L'une des plus grandes cités antiques de la côte lycienne est ensevelie sous les dunes de Patara, les travaux de fouille ne faisant que commencer. Entre le théâtre et la voie royale, paysage de tamaris et Saccharum ravenae

Derrière Patara commence une zone marécageuse, envahie par les lauriers-roses et les Vitex. Ici, les Vitex ont tous des fleurs roses.
Ce crabe ne sort pas de la mer : c'est Potamon fluviatile, le crabe des rivières, très fréquent en Turquie. On en voit souvent traverser la route à toute vitesse, les pinces dressées.

Presqu'île de Patara : dans les fissures entre les rochers, bien à l'abri derrière les touffes de genêt épineux et de Thymus capitatus,, poussent deux petits trésors : Teucrium brevifolium à fines fleurs roses et Teucrium creticum, la germandrée à feuilles de romarins. 

Les vallées agricoles qui remontent de la côte vers le Taurus sont cultivées de vignes, figuiers et grenadiers. On voit surtout cette variété de grenade, à peau rouge.

Ouverte, elle montre ses beaux grains. Ils ne sont pas bons à manger, c'est une variété qui est pressée pour donner un délicieux jus frais, de couleur rouge presque noir, fort et acide comme un jus de pamplemousse. Eh oui, nous avons ramené quelques boutures...

Les figuiers prospèrent en Turquie, on les voit aussi bien en champs cultivés que sauvages en bord de chemins, ou ancrés dans les murs cyclopéens des ruines.

Un mâle de Testudo graeca ibera, la tortue terrestre de Turquie, vient rendre une petite visite à Clara. Les tortues les plus connues en Turquie sont les tortues marines, Caretta caretta, qui viennent pondre en été sur les plages protégées du littoral.

Sur la côte lycienne, en été la chaleur est intense, et la sécheresse dure plus de cinq mois. Euphorbia dendroides est un exemple d'adaptation : elle perd entièrement ses feuilles pour rentrer en dormance estivale, puis bourgeonne à nouveau avec les première pluies d'automne.

Même cycle de végétation pour Sarcopoterium spinosum, squelette d'épines pendant les mois d'été. Au printemps par contre ce sera une boule de feuilles vert sombre.

Dans cet environnement sec, le moindre point d'eau grouille de vie. A moitié caché dans le bassin d'une source Bufo viridis nous observe : "mais qu'est-ce qu'ils ont à ramasser toutes ces graines ?"

Siphon de Patara : comme l'eau abonde dans les montagnes du Taurus, on voit les ruines des aqueducs antiques qui acheminaient l'eau vers les cités antiques de la côte. Au bout d'une longue randonnée nous avons trouvé ce magnifique siphon. Serpent de pierres long de plusieurs centaines de mètres, il descend dans la vallée et remonte de l'autre côté. Les blocs énormes sont parfaitement ajustés, avec un joint sculpté dans la masse. On peut encore voir les traces du ciment d'argile qui assurait l'étanchéité.

L'eau, précieuse en Turquie tout au long des siècles. On voit fréquemment au bord des routes d'anciennes citernes en forme de dômes, qui servaient à conserver l'eau pour la saison sèche. Ici la "Citerne basilique" souterraine, construite à Istanbul à l'époque byzantine. La citerne est immense, à perte de vue les colonnes émergent de l'eau noire. Et si nous aussi en France nous commencions à récupérer l'eau de pluie de nos toits ?

Chantier naval de Kas, les bateaux sont construits en bois selon une technique ancestrale. Depuis toujours, pins, chênes et cèdres ont servi à la construction sur la côte, conduisant à la déforestation de zones entières dans les montagnes du Taurus. L'histoire nous dit que le navire offert à Cléopâtre par Marc Antoine était en bois de cèdres du Taurus.

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2- Le Taurus occidental 

Les flancs sud du Taurus sont couverts de Pinus brutia, un beau pin à tronc rougeâtre et à port massif et tortueux, qui pousse ici dans les ruines d'Arycanda.
Minaret d'Elmali, bourgade nichée dans les montagnes, non loin de la forêt de cèdres.  

Col de Kuruovabeli, altitude 1500 m. La réserve naturelle protège l'une des dernières forêts de cèdres de Turquie, Cedrus libanii subsp. stenocoma. 
Tradition et modernité dans un village du Taurus : antenne parabolique sur cette maison construite en terre et en bois pour mieux résister aux tremblements de terre, très fréquents dans cette région.

C'est la première fois que nous voyons le Cupressus sempervirens sauvage. Silhouette de bonsaï sur les falaises calcaires des gorge de Belenpinar. C'est parcequ'il est totalement inaccessible qu'il a pu survivre ici. 
Arbres de Judée sauvages, en compagnie de Pistacia terebinthus et jeunes cèdres.

Les pistachiers peuvent prendre toutes les teintes d'automne, bronze, jaune, orange ou rouge. Les autres arbres à belles couleurs d'automne dans le Taurus sont Ostrya carpinifolia, Styrax officinalis et Liquidambar orientalis
La sécheresse et le froid colorent de rose les Euphorbia rigida argentées qui poussent dans les éboulis.

Les différentes espèces d'euphorbes marquent clairement les changements d'altitude. En bord de mer trônent les sphères parfaites d'Euphorbia dendroides. Puis dans les garrigues derrière le littoral domine Euphorbia characias subsp. wulfenii, avec quelques pieds occasionnels d'Euphorbia acantothamnos. Entre 500 et 1000 m c'est le domaine d'Euphorbia rigida, remplacée en arrivant au niveau des cèdres par Euphorbia amygdaloides (ci-contre).
Lisse et douce comme une peau, l'écorce d'Arbutus andrachne décline toutes les teintes de beige, rose marron et rouge.

Plus petites que les fruits de notre Arbutus unedo, les arbouses d' Arbutus andrachne sont portées en longues grappes qui couvrent les arbres. 
Les touffes blanches ou roses de Cyclamen hederifolium tapissent les sous-bois de pins. 

Bien que l'abattage pour les besoins du chauffage et de la cuisine ait fortement diminué, cette forêt de Juniperus excelsa peine à se reconstituer sur le sol appauvri par des siècles de surpâturage.
Acer sempervirens, cousin persistant de notre Acer monspessulanum, nous invite à ceuillir quelques graines. 

Erica multiflora fleurit tout l'automne, sur terrain calcaire à tendance dolomitique.

Les grappes rouges des baies de Smilax aspera s'accrochent à Quercus coccifera, qui ici forme de véritables arbres.

Un vieux Platanus orientalis survit malgré son tronc creusé comme une grotte.
Discrètes colchiques au pied du géant.

Les sarments de Vitis orientalis forment de longues cascades rouge vif sur les branches basses de Quercus cerris.
Dorystoechas hastata, un plante proche des sauges, pousse dans les gradins du théâtre de Termessos

Le site étonnant de Chimère : des émanations de méthane sortent des roches et s'enflamment spontanément au contact de l'oxygène. Au dessus du site un chemin de randonnée mène vers le sommet du Mont Olympe de Turquie, avec une flore riche en endémiques.

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3- Des Phlomis à foison !

Pas moins de 25 espèces de Phlomis  recensés en Turquie, et une dizaine d'hybrides naturels. C'est tout simplement le paradis de l'amateur de Phlomis ! Nous aimons de plus en plus ce genre, pour sa grande facilité de culture dans les conditions de sol les plus diverses. Ici Phlomis grandiflora au pied d'un cèdre. Peu connu, il est intéressant pour son grand développement (jusqu'à 3 m de hauteur), et sa résistance au froid est excellente. 

Une sauterelle sur Phlomis lunariifolia. Il pousse entre 500 m et 1000 m d'altitude, dans les vallées au dessus d'Alanya.

L'un des plus rares, Phlomis chimerae, qui comme son nom l'indique pousse autour du site de Chimère. C'est tout  l'intérêt de la prospection botanique en automne : les plantes sont couvertes de graines, il suffit de se pencher pour récolter !

Phlomis leucophracta, magnifique feuillage ondulé avec un gros liséré blanc ou jaune selon les clones. Il pousse avec Phlomis lunariifolia au dessus d'Alanya.
Phlomis lycia, avec son curieux feuillage doré, poussant dans les ruines d'Arycanda. C'est le plus commun des Phlomis dans le sud-ouest de la Turquie. Son feuillage change de couleur au fil des saisons, vert en hiver et couvert de poils dorés en été pour mieux s'abriter de la chaleur.

Peut-être le plus beau de tous, Phlomis bourgaei, très grandes feuilles ondulées, plus ou moins dorées selon les clones. Il pousse dans les montagnes au nord-ouest d'Antalaya. 
Pistachiers térébinthes et plusieurs espèces de Phlomis ont colonisé la nécropole de Termessos, détruite par les tremblements de terre. Longue après-midi de prospection dans la nécropole, pour essayer de trouver des hybrides naturels de Phlomis.

Et voilà un premier hybride ! Phlomisi x termessii a été découvert et décrit pour la première fois en 1951 à Termessos par P. Davis, l'auteur de la flore de Turquie. Echantillons de feuillages lors de la récolte pour herbier : à droite P. x  termesii, les deux parents sont sur la gauche, en haut P. lycia et en bas P. bourgaei.

Un autre hybride, trouvé près de Mugla : en haut à gauche P. grandiflora, à droite P. bourgaei, et en bas leur hybride P. x mobullensis

Encore un hybride, trouvé cette fois plus à l'Est, près d'Alanya. Phlomis x alanyense (en bas sur la photo), avec ses deux parents : en haut P. leucophracta et à droite P. lunariifolia.

En plus de tous ces Phlomis  ligneux, il y a le groupe des Phlomis herbacés, avec de nombreuses espèces en Turquie. Dans le seul site de Termessos, nous avons récolté Phlomis nissolii, à larges feuilles blanches et cotonneuses, Phlomis armeniaca, feuilles étroites, vertes et velues, et Phlomis samia qui pousse en sous-bois de chênes et d'Ostrya carpinifolia. (photo ci-contre prise dans notre jardin au mois de mai). 

Plus de photos de Phlomis en fleurs ? Voir la photothèque générale.

 

Du bon usage du guide du routard : nos récoltes d'échantillons d'herbier à la fin d'une journée de randonnée botanique.

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