Plantes et paysages du sud du Maroc

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En janvier 2004 nous sommes partis étudier les plantes et les paysages naturels du sud du Maroc : montagnes de l'Atlas et de l'Anti-Atlas, vallée du Sous et garrigues proches de Marrakech. Au programme recherche des lavandes endémiques, étude d'un ciste très localisé, et sélection de clones rustiques de lauriers-roses poussant le plus haut possible dans l'Atlas. Pour partager avec vous l'ambiance des paysages marocains, voici une petite sélection de photos prises durant le voyage. 

1- Atlas

2- L'arganeraie et la vallée du Sous

3- Anti-Atlas

1- Atlas

Non loin de Marrakech, les contre-forts de l'Atlas abritent une flore passionnante, avec de nombreuses plantes endémiques. Ici Polygala balansae, dont les fleurs pourpres et jaune vif apparaissent sur les tiges sans feuilles, comme celles d'un genêt. 

Retama monosperma, le genêt blanc, croule sous les fleurs parfumées. Malgré les nuits très froides, le mois de janvier est favorable pour parcourir le sud du Maroc : belle lumière, ciel bleu éclatant. De nombreuses plantes sont déjà fleuries, car au printemps il fera tellement chaud que les plantes se mettront rapidement en repos.

L'architecture spectaculaire d'Euphorbia resinifera marque le paysage. Parmi les différentes euphorbes cactiformes marocaines c'est celle qui a le plus gros développement, certains pieds mesurant plus de deux mètres de large.

Les villages aux maisons en terre se fondent dans la couleur de la roche. Les toits plats sont construits sans tuiles : une épaisse couche d'argile recouvre un matelas de paille disposé sur les poutres, procurant une bonne isolation aussi bien en hiver qu'en été.

Sur la route du col Tizi-n-Test, les Clematis cirrhosa montent à l'assaut de Pistacia lentiscus et de Juniperus phoenicea, en lisère de belles forêts de chênes verts. Dans les lieux ouverts se mêlent Globularia alypum, Cistus creticus et  Centranthus angustifolius.

Les moutons sont friands des jeunes pousses de Teucrium fruticans : au lieu de se développer en un bel arbuste il est souvent rabattu en coussin ras dépassant à peine des cailloux. En cherchant dans les endroits escarpés inaccessibles aux troupeaux, nous avons découvert une station de Teucrium avec une remarquable diversité de couleurs de fleurs, blanches, mauve clair, bleu très vif ou violet foncé.

En montant en altitude la vallée se resserre le long du lit sec de l'oued. Quelques beaux spécimens de Tetraclinis articulata survivent, reliques d'une forêt autrefois dense. Appelé aussi Thuja de Barbarie, il donne un bois rouge très odorant utilisé depuis l'antiquité en marqueterie, et maintenant sculpté en souvenirs pour touristes.

Dans un paysage presque minéral, une coulée de lauriers-roses remonte le long des ravins. Nous avons longuement cherché les stations les plus hautes de lauriers-roses, pour récolter des graines sur les pieds d'altitude les plus rustiques.

Malgré le vent et le froid, le laurier-rose s'est adapté au climat rude à près de 2000 m d'altitude. 

Les hauts plateaux  de l'Atlas sont le domaine des moutons. Le surpâturage a façonné le paysage, éliminant presque totalement la végétation avec pour conséquence une forte érosion dans une région où les pluies d'orage sont violentes.

Protégées par leur latex irritant les Euphorbia nicaensis survivent à la dent du mouton en compagnie de Ruta tuberculata.

Randonnée dans l'Atlas, un marabout dans la lumière du matin. Qui pourrait le croire : autrefois les flancs de cette montagne étaient couverts d'une forêt de Juniperus thurifera, abattus pour les besoins de construction et de bois pour le feu.

 

Silhouette d'un Juniperus thurifera, pied relique isolé dans la montagne.

Un Juniperus oxycedrus centenaire, dont les branche ont été coupées pendant des décennies. Depuis peu les bouteilles de gaz sont disponibles dans tous les villages de montagne et les besoins de bois pour la cuisine ont fortement diminué, permettant à nouveau le développement des végétaux ligneux.

Vers 2500 m d'altitude, la végétation est constituée de xérophytes épineux ramassés en coussins pour mieux lutter contre la sécheresse et le froid. Ici Astragalus armatus pointe ses premières fleurs au milieu de fortes épines.

Bupleurum spinosum, un vrai buisson d'épines : pour récolter les graines nous avons doucement glissé un papier sous les branches et secoué la plante avec un bâton.

Les hautes vallées de l'Atlas sont balayées en hiver par un vent glacial. Lorsqu'il souffle, parfois pendant plusieurs jours, homme et bêtes se réfugient à l'abri, la vie semble s'arrêter dans les hameaux de montagne. Sculpté par le vent, un pied de Juniperus se dresse sur une crête.

Au delà de 3000 m, la végétation disparaît sous la neige. Au loin les pentes du Djebel Toubkal, le plus haut sommet d'Afrique du Nord.

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2- L'arganeraie et la vallée du Sous

Changement de décor avec l'animation des villes dans la vallée du Sous. Cette longue vallée sépare nettement le Haut Atlas avec ses sommets enneigés de l'Anti-Atlas, plus au sud et bien plus sec. 

Dans la vallée du Sous pousse un arbre mythique, Argania spinosa, un survivant de l'ère tertiaire. Il forme naturellement des forêts clairsemées, pour que chaque arbre ait la place de développer le système racinaire très puissant  qui lui permet de puiser le peu d'humidité disponible dans le sol.

L'arganier pousse fréquemment en compagnie d'Euphorbia echinus, dans un paysage caractéristique du milieu aride. En cas de sécheresse prolongée, l'arganier perd ses feuilles et se met en repos. Il peut attendre alors plusieurs mois voire plusieurs années, prêt à bourgeonner à la première pluie.  

Euphorbia echinus a une croissance très lente. Ce petit plant, âgé déjà de plusieurs années, plonge ses racines au plus profond des fissures du rocher.

Des années plus tard, le rocher semble avoir été entièrement mangé par le hérisson parfait que forme l'euphorbe adulte. 

Attention ça pique, gare à vous moutons, chèvres et autres prédateurs !

En débouchant sur l'océan, le climat de la vallée du Sous devient moins aride, profitant des brouillards océaniques fréquents.  Ici Euphorbia dendroides prospère, elle peut  former des buissons de plus de 1,50 m. Pour résister à la sécheresse estivale l'euphorbe arborescente perd  ses feuilles elle aussi, en prenant en fin de printemps de délicates "couleurs d'automne".

Les utilisations de l'arganier sont nombreuses. Son bois très dur donne un excellent combustible (on l'appelle "l'arbre de fer"), son feuillage nourrit chameaux et chèvres (on l'appelle aussi "l'arbre aux chèvres"), ses fruits durs ont une amande qui donne une huile rare et recherchée, encore bien plus réputée que l'huile d'olive.
Noix d'argan séchant au soleil. Traditionnellement ce sont les femmes qui cassent patiemment les noix d'argan entre deux cailloux pour en extraire l'amande. Il faut quelques 30 kg de noix d'argan pour obtenir un kg d'amandes.

La production industrielle d'huile d'argan est très limitée. Chaque famille presse l'huile pour sa propre consommation avec de petites meules à main en pierre. 
Vendue dans des bouteilles de Coca-Cola recyclées, l'huile d'argan a une belle couleur orangée et une délicieuse saveur de noisette. La provision d'huile que nous avons ramenée diminuant rapidement, ce sera une excuse de plus pour retourner bientôt au Maroc...

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3- Anti-Atlas

Souvent austère au premier regard, l'anti-Atlas recèle des trésors pour le botaniste amateur. Haut perché au-dessus des vallées arides, Chamaerops humilis var. sericea, le palmier nain à feuillage bleu argenté, domine fièrement le paysage.

Randonnée dans l'Adrar M'qorn, à la recherche d'un ciste rare, Cistus creticus var. trabutii, dont une petite station pousse entre 1800 et 2000 m d'altitude. Erodium sebaceum et Thymus saturejoides forment des touffes basses dans les éboulis de marbre rose.

Niché bien au chaud à l'abri d'un rocher, un Erodium sebaceum est déjà tout en fleurs.

Isolé géographiquement par rapport aux autres cistes, le Cistus creticus var. trabutii a un feuillage très frisé, évoquant celui de Cistus crispus. Les vieilles feuilles sont couvertes d'une pruine argentée, permettant à la plante de mieux résister à la lumière et à la chaleur.

Convolvulus trabutii semble insensible à la sécheresse. Il n'a pas beaucoup de feuilles, une partie de la photosynthèse est assurée par les rameaux épineux  ce qui lui permet de limiter l'évapotranspiration. Il est fréquent dans l'Anti-Atlas, même jusqu'au sud, à la limite du désert.

Autour des villages d'altitude, les amandiers étaient tout fleuris : un bon mois d'avance par rapport au sud de la France!

Fenêtre sur jardin, l'amandier parfume l'air calme.

Dans les vallées près des oueds, l'eau est soigneusement guidée de terrasses en terrasses par des canaux creusés dans la roche. Autour des villages la montagne se transforme en jardin, où alternent les petites parcelles d'orge et d'amandiers. 

Pour limiter le transport, les aires de battage sont construites tout près des cultures. 

Grande découverte pour nous : un pied de Lavandula stoechas subsp.  atlantica, couvert de graines, nous attend au détour d'un chemin. C'est une plante que nous avons longuement cherchée, car c'est la sous-espèce de Lavandula stoechas qui pousse en terrain calcaire.

Au contraire très commune, Lavandula multifida fleurit presque toute l'année, sauf en été. La forte odeur d'origan de son feuillage surprend toujours.

 

Lavandula dentata f. rosea, une autre trouvaille presque inespérée. Pour les amateurs de lavandes, un voyage dans le sud du Maroc est une vraie chasse au trésor, avec de multiples récompenses.

Lavandula tenuisecta a des fleurs bleu foncé sur de longues tiges, c'est l'une des espèces les plus élégantes. 

 

Lavandula mairei subsp. mairei se plaît dans les éboulis de cailloux. Son port buissonnant, son feuillage vert sombre et ses fleurs violettes pourraient faire penser de loin à une hysope.

Dans l'est de l'Anti-Atlas on trouve une flore de zone macronésienne, c'est-à-dire où poussent des plantes proches de celles des Iles Canaries. Ici Aeonium arboreum,  dont les touffes fleuries éclairent les pentes sèches.

Dans les vallées du sud l'eau est rare, les villages sont isolés au milieu des montagnes sombres.

Autour des maisons les figues de barbarie remplacent les cultures en terrasses. Pour manger les fruits il faut trancher les deux extrémités avec un bon couteau, puis fendre entièrement le fruit dans sa longueur pour le retourner. Toute autre tentative pour enlever les épines est vouée à la catastrophe, nous en avons une solide expérience...

Dans les étendues caillouteuses des plateaux du sud, Artemisia herba alba semble pouvoir résister aux conditions les plus extrêmes. Son feuillage fortement aromatique est utilisé dans la pharmacopée traditionnelle, comme de nombreuses autres plantes sauvages des montagnes.

Peu de fleurs dans ce paysage semi-désertique, mais sur le bord des routes la lumière joue dans la chevelure dorée des cuscutes, plantes parasites affectionnant la chaleur.

 

Une autre cuscute, Cuscute planiflora, d'un beau rouge sang,  prend ses aises sur le coussin d'une euphorbe cactiforme.

Les dernières oasis du sud de l'Anti-Atlas débouchent sur la Hamada, vaste désert de cailloux qui s'étend à perte de vue en direction de la Mauritanie. 

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